Franketienne ou la quête de la lumière noire

Published On April 12, 2015 | By Radio Tele Fhaeh | Culture

Le jeudi 9 avril 2015 a eu lieu le vernissage de l’exposition « La lumière noire » à la salle de réception de l’Institut haïtiano-américain à 17h. Le public s’est montré timide mais le commissaire de l’exposition, le critique d’art Wébert Lahens, s’est dit satisfait de ce lancement.

17h, la salle de réception de l’Institut haïtiano-américain reçoit déjà quelques curieux venus assister au vernissage de l’exposition-hommage marquant les quarante-cinq années de création picturale du peintre et écrivain Frankétienne. Le vernissage de l’exposition, baptisée « la lumière noire », dirigée par le professeur Wébert Lahens, s’est déroulé en présence de membres du conseil d’administration de l’Institut haïtiano-américain et de Frankétienne lui-même. Selon le commissaire de l’exposition, « la lumière noire peut être définie comme étant l’essentiel », citant Antoine de Saint-Exupéry pour qui « l’essentiel est invisible à l’œil nu ». « Frankétienne a donc défait tout ce qui nous gênait et nous empêchait de voir la réalité », poursuit Wébert Lahens. Cet essentiel peut être vu dans sa dimension mythique ou mystique, car le peintre use de toute sa science dans ses toiles aussi bien que dans ses livres.

Frankétienne, en pleine forme, n’a pas caché son insatisfaction liée à l’absence de représentants du gouvernement à cette exposition. Selon le fondateur de la Spirale, les autorités prétextant qu’« Haïti est la terre de la créativité » ne feraient rien pour aider un jeune artiste à participer à une manifestation internationale. L’argent du fameux pays de la créativité n’est donc pas investi dans la création artistique. Toutefois, Frankétienne a remercié les organisateurs de l’exposition de lui avoir rendu cet hommage. Selon lui, cette exposition est importante dans la mesure où ses toiles sont vendues à des prix dérisoires (à partir de $ 500) et que les collectionneurs devraient en profiter. Prédisant sa mort dans cinq ans, les prix de ses œuvres vont plus que quadrupler. Les spéculateurs peuvent en profiter grandement. Ils ont jusqu’au 12 avril 2015.

Frankétienne, un artiste complexe

Devant les autoportraits de Frankétienne peints avec dérision, le public déambule dans la salle. Certains artistes et critiques promènent aussi leurs regards sur les toiles, quelques-uns représentant une femme nue, exhibant son sexe béant, d’autres montrant un Frankétienne qui rit, crucifié, tel un christ joyeux… Les têtes sont peintes de manière grotesque, les yeux, explosifs, mais avec les traits de Frankétienne. L’artiste Harold Dessalines devant un tableau titré 12 janvier 2010, montrant une femme à genoux, les bras levés vers le ciel, place Frankétienne dans le courant postmoderne. Il nous confie que l’artiste « est une référence en matière de peinture en Haïti ». Pour le romancier et critique Pierre Clitandre, interviewé au vernissage, il est difficile de placer Frankétienne dans la peinture contemporaine car le terme « contemporain n’est pas encore défini en peinture. De manière générale tout ce qui se fait aujourd’hui peut être qualifié de contemporain, mais au niveau de la forme, de la couleur et de l’expression, les caractéristiques n’ont pas été définies. Frankétienne, poursuit Clitandre, est un artiste expérimental ». Wébert Lahens classerait Frankétienne dans la catégorie de peintres expressionnistes.

Si les points de vue sur la peinture de Frankétienne varient d’un critique à l’autre, il est une évidence que Frankétienne est un artiste accompli qui, malgré les différents matériaux sur lesquels il travaille, poursuit une seule quête : celle de la lumière noire ou du chaos.

Like this Article? Share it!

About The Author

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *